
Le Lepi
Fouta Djallon, Guinée
Dans les massifs du Fouta Djallon, au nord de la Guinée, une liane s'enroule autour des arbres le long des cours d'eau. On l'appelle le gara. Ses feuilles ne sont pas bleues. Elles le deviennent.

Le gara donne un indigo utilisé en Afrique de l'Ouest depuis au moins le XIe siècle. Les feuilles sont récoltées à la main, séchées, pilées, puis compressées en boules que les femmes vendent au marché. Il faut les laisser fermenter avant que la couleur ne consente à paraître.
Le tissu sort de la cuve vert. C'est au contact de l'air qu'il devient bleu, en quelques secondes.



Au Fouta, les tisserands montent des bandes étroites de cotonnade sur des métiers de bois. Assemblées, elles forment le lepi. Le mot désigne d'ailleurs, à l'origine, les motifs à rayures plus que le pagne lui-même. Chaque famille de teinturières garde son propre dosage, sa propre durée de bain, son propre bleu. Aucune pièce n'est identique à une autre.

Pagne des Peuls, le lepi se porte aux mariages, aux cérémonies, aux grandes fêtes. Il dit l'élégance et la dignité. La tradition veut aussi que celui qui le porte soit à l'abri du mauvais œil. En 2025, la Guinée l'a fait reconnaître comme son patrimoine : le lepi ne peut porter ce nom que s'il vient de là-bas.
SONOKI travaille ce tissu sans le figer. Les irrégularités de teinture ne sont pas des défauts : ce sont les traces d'une main.
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